La petite de la ronde ressemble à une coccinelle aujourd'hui. Elle a des boutons de varicelle. Partout. Elle a bien sûr mal, elle se gratte alors qu'elle ne le devrait pas. La varicelle, quoi.

Et puis il y a cette petite phrase, confiée au bord des larmes avant de s'endormir, quelques mots qui n'ont l'air de rien et qui pourtant trottent dans la tête de la ronde: "maman, j'ai peur de devenir moche"...

"Mais non, mon ange, tu ne seras pas moche, même avec des centaines de boutons. Et puis ce n'est pas ça qui compte, on t'aime toi, avec ou sans varicelle". Elle s'est endormie rassurée.

Pas la ronde. Comment l'emmener sur les chemins de la séduction quand on en maîtrise si peu les codes ? La ronde a été élevée dans l'idée qu'une tête bien faite valait toujours mieux qu'un corps parfait. Elle ne rejette pas tout de ce principe. Mais elle sait aussi la souffrance de se sentir vilaine à 15 ans, la douleur quand les premiers garçons aimés ne l'ont même pas regardée.

Elle a peur de sacraliser cette beauté qu'elle a toujours pensé ne pas posséder. Peur de trop vouloir que sa petite ne connaisse pas ces affres. Peur aussi de confier un fardeau un peu trop lourd à son enfant: être belle pour sa mère. Etre belle à la place de sa mère...