La petite de la ronde a eu la varicelle cette semaine. Il a donc fallu prévenir les visiteurs, prévus ou impromptus, que la maison était lieu de contagion. Ainsi alertés, tous, quel que soit leur âge ou leur sexe, ont eu la même réaction: appeler leur mère. Redevenue d'ailleurs à cet instant, leur maman.

Et toutes les mères, ont sans l'ombre d'une hésitation répondu à LA question: "Dis, maman, est-ce que j'ai eu la varicelle ?". Non seulement elle savaient si maladie il y avait eu, mais ne furent pas avares de détails. Tous les amis de la ronde apprirent à cette occasion à quel âge ils l'avaient contractée, combien de temps l'affection avait duré et si fièvre il y avait eu. Ils eurent en plus force détails sur l'étendue des boutons, leur aspect et les douleurs engendrées. Bref, les coups de téléphone se sont éternisés...

Les observant l'air de rien, c'est d'un oeil amusé que la ronde vit ces adultes sortis depuis bien longtemps de l'enfance faire mine d'être agacés alors qu'ils dégustaient en réalité chaque mot et savouraient ces quelques minutes durant lesquelles ils redevenaient un peu les tout petits de leur maman.

Une fois le combiné raccroché, tels des anciens combattants ils exhibèrent chacun l'inévitable cicatrice dont l'existence venait de leur être rappelée. Ces petites marques indélébiles et minuscules étaient autant de blessures de guerre d'une enfance pas tout à fait disparue.

Quand leurs enfants sont grands, les mères servent encore au moins à ça, se dit la ronde. Elles sont les gardiennes d'une mémoire de petits riens, constellée de maladies infantiles, de coups et blessures, de notes à l'oral du bac ou autres micro-événements sans importance apparente.

Ce soir là, la ronde regarda avec grand soin sa petite, s'efforçant de photographier tous les boutons criblant le petit corps, espérant que le jour où LA question serait posée, elle serait à la hauteur...