Bon, juste une précision, je garde la trame de cette nouvelle écrite à l'école, mais je ne peux m'empêcher de rajouter ce qu'à l'époque je ne pouvais pas écrire...

Sally (2)

Sally se sent aimée, ça oui, bien sûr. En tous cas, elle n'a jamais manqué de rien. Sa mère a toujours été là. Elle l'a probablement cajolée petite, l'a soignée lorsqu'elle était malade, peut-être bercée les nuits d'insomnie. Enfin, c'est ce que Sally veut absolument croire. Parce que depuis qu'elle est en âge de se souvenir, sa mère est surtout triste. Le bruit la dérange, la musique la heurte. Il y a une raideur en elle que Sally n'a jamais pu expliquer. Sur un plan strictement matériel, c'est une bonne mère. Pour le reste... Surtout, depuis que Sally a eu ses règles, que ses seins ont poussé et qu'elle quitte petit à petit le monde de l'enfance, la réserve de sa mère s'est transformée en une distance gênée. Pas question de parler de choses intimes. Encore moins des garçons. Et forcément, toute conversation ayant trait de près ou de loin au sexe est à bannir. Tabou, défense d'entrer.

Pourtant, Sally, le sexe, elle y pense. Autant qu'aux sucreries. C'est dire. Du matin au soir, du soir au matin. Elle rêve des garçons, ceux de sa classe qui ne la regardent pas, ceux des séries télé dont elle s'abreuve à ses heures perdues. Elle s'invente des histoires dans lesquelles les hommes se meurent d'amour pour elle. Depuis peu, elle a également appris comment se procurer le plaisir que ces amants imaginaires ne lui donnent malheureusement pas. Au début, elle se masturbait le soir, pour s'endormir. Et puis ensuite, elle l'a fait plus souvent, dès que la boule commence à serrer trop fort ses entrailles.

Un soir, sa mère est entrée sans prévenir dans sa chambre. Elle était sur son lit, tellement concentrée sur cette vague qui montait, qu'il lui a fallu quelques secondes pour réaliser qu'elle n'était plus seule. Sa mère s'est figée, la regardant avec un dégoût auquel se mélait une telle douleur que Sally fut tétanisée d'effroi. Sans un mot, elle a tourné les talons , refermé la porte et n'a plus jamais évoqué la chose. Depuis, les silences sont encore plus étouffants. Ce qui n'empêche pas Sally de passer des heures à se carresser. Pendant ce temps là au moins, elle ne pense pas à manger.

A suivre...