Au jardin du Luxembourg, les enfants sont tout droit sortis de catalogues bonpoint, petit bateau ou autre marque en pointe dans le 6ème arrondissement. Au jardin du Luxembourg, les petites filles ressemblent à leurs mamans, elles sont blondes et fines, ont des bottes et des jupes sous le genou, des blouses en liberty et la démarche assurée de celles qui savent qu'elles ont tous les atouts en main pour séduire. Les petits garçons ont les cheveux un peu long, juste ce qu'il faut pour leur donner l'air des chanteurs anglais du moment. Ils toisent tous ceux qui ne leur ressemblent pas d'un air insolent qui confine parfois au mépris. Au jardin du Luxembourg, comme me le faisait remarquer mon homme, les enfants sont le prolongement de leurs parents, le signe extérieur de leur branchitude, l'accessoire ultime, en quelque sorte.

Au jardin du Luxembourg, ce dimanche après-midi, une petite fille noire a essayé d'entrer dans le cercle très fermé de cette enfance dorée. Elle a eu ce courage, après les avoir longuement observées avec envie, de demander, tout doucement et très poliment à une bande de fillettes si elle pouvait jouer avec elles.

Au jardin du Luxembourg, on ne se mélange pas. Mais on le fait en douceur, sans faire de vagues. On ne répond pas non brusquement à une petite fille noire à tresses. On se regarde d'un air entendu, on esquisse un sourire gêné et on s'éparpille, avec grâce.