Il y a quelques jours, je rentrais chez moi après une journée harassante et un trajet en bus éprouvant, coincée entre deux grands bonhommes transpirants et sans arrêt déséquilibrée par des coup de freins intempestifs - vive les embouteillages en pleine canicule. Je rentrais, disais-je, fatiguée, sans entrain, à moitié déprimée à l'idée du repas qu'il allait falloir préparer tout en répondant aux attentes multiples de mes deux enfants toujours très en demande à cette heure de la journée. Mon sac était lourd, lesté par l'ordinateur portable qui me rappelait que le réveil du lendemain serait très matinal en raison d'un train à prendre à l'aube. Bref, ce soir là, j'étais dans une forme relative, handicapée qui plus est par des ampoules cuisantes dûes à la chaleur soudainement tombée sur Paris. Et puis, dans mes écouteurs, alors que je descendais la dernière marche du bus, Tom Jones s'est mis à me susurrer avec sa voie rocailleuse et langoureuse: "You're my sex-bomb...". J'ai d'abord souri, me disant qu'à cet instant précis, j'avais tout d'une mule épuisée et rien d'une bête de sexe. Mais il a insisté:

"Sexbomb sexbomb (uh) you're my sexbomb
And baby you can turn me on... baby you can turn me on"

Ses "uh" et ses "hah" étaient on ne peut plus explicites et le morceau remixé techno de plus en plus dansant. Subitement, mon ordinateur s'est fait léger, et mes pieds empoulés ont dégonflé. Mon pas s'est accéléré, et mes hanches, malgré moi se sont balancées. Lorsqu'il m'a dit: "sex me slow", j'ai redressé le buste, et les seins en avant je me suis cambrée. J'ai traversé mon avenue bruyante et polluée le cul bombé, au rythme d'une batterie de plus en plus effrénée. J'ai fini le trajet en chaloupant, fredonnant des "turn me on, turn me on..." sur un tempo de plus en plus lent. Lorsque j'ai ouvert la porte de chez moi, la chanson se terminait. Les enfants ont dévalé l'escalier en hurlant qu'ils avaient faim, que la maitresse avait dit que j'avais oublé le mot pour la sortie de classe, que théo les avait invité, qu'ils avaient joué au foot à la récré, que Fatoumatah était malade et que Marine avait des poux.

J'ai respiré un grand coup et une petite voix m'a susurré qu'une sex-bomb comme moi devrait être en mesure de tout assumer...

Nous sommes toutes des sex-bomb, les filles. Le tout est que parfois, quelqu'un nous le rappelle...