Une amie - oui, toi, Vie - m'a offert un livre pour mon anniversaire, sur lequel je louchais d'ailleurs depuis un bon moment. "Lily la tigresse". je suis sûre que vous avez vu la couverture, une femme très ronde, coupe "Louise Brooks", nue, sur fond mauve, semble souffler sur une énorme sucette. Je viens de le commencer, et dès les premières pages, je suis laissée emportée. Il y a une vivacité dans le style de cette écrivaine israelienne - Alona Kimhi - que je n'avais pas ressenti depuis un bail.

Et puis forcément, le fait que l'héroine pèse un peu plus de cent kilos et que cela ne semble en rien être un problème, ne pouvait que me toucher ! Allez, je ne résiste pas à vous en livrer quelques lignes. L'extrait est tiré des premières pages, Lily se plonge dans un bain...

"Je fais durer le dernier instant, avant d'entrer en contact avec l'eau. De la haute fenêtre, un vent de fin de journée me caresse la nuque. Du salon s'élève l'opus 100 de Schubert et recouvre les bruits de la rue de sa mélancolie nordique. Un verre de porto dans lequel se suicident lentement des glaçons est posé sur le rebord de la baignoire. C'est le moment, la seconde, j'inspire avec la plus grande des précisions et je me plonge tout entière.

112 kilogrammes de femme.

Mes seins obéissent au commandement universel de l'eau et se redressent, deux îles jumelles, avec les tétons en postes d'observation au contours généreux, qui remuent légèrement comme des corps indépendants aspirant à se détacher pour partir à la dérive vers d'hypothétiques grands espaces. Amikam, toujours fidèle à son affection pour la culture hellénique, les appelait Charybde et Scylla. Son membre était bien sûr le navire d'Ulysse et sa volonté était celle des dieux, capable de transformer le basalte de deux rochers menançants en un tissu humain doux et ondoyant"

Voilà... Je n'ai lu qu'une cinquantaine de pages, mais c'est un bijou de sensualité, d'humour et d'autre chose, qui pourrait être à la fois de l'insolence et de la fantaisie.