"En fait, il ne faut pas y penser". Que cette phrase est exaspérante lorsqu'elle est prononcée par la bonne copine en couple depuis des années alors que vous êtes célibataire, désespérée à l'idée de ne jamais trouver l'homme de toute votre vie... Qu'elle est également insupportable à entendre, quand vous attendez fébrilement une réponse pour un entretien d'embauche... Oh combien énervante si elle vient d'une autre de vos bonnes copines, celle qui à 35 ans pèse le même poids qu'à 17, à savoir 22 kilos toute mouillée et dont les cuisses sont à peine plus larges que vos avant-bras et que vous vous escrimez à perdre le premier des quinze kilos nécessaires pour retrouver un poids utopique...

Oui, le "plus tu y penses, moins ça marche", ça a le don de mettre en rogne toute personne omnubilée par X ou Y objectif lui semblant inatteignable. Parce que ne pas penser à quelque chose qui vous obsède heure après heure et dont le manque - ou l'excès d'ailleurs - a une véritable incidence sur votre vie, relève tout simplement de l'impossible.

Et pourtant... oui, pourtant...

Qui n'a pas rencontré l'amour alors que son esprit était occupé par tout autre chose ? Qui n'a pas reçu LE coup de fil libératoire une fois parti en vacances, en pleine partie de pétanque à un moment où le mot travail avait disparu de son vocabulaire ?

Moi personnellement, pour la petite histoire, ce week-end, je n'ai, pour une fois, "pas pensé" à ce que je mangeais, avais mangé ou mangerais. J'ai fait n'importe quoi, grignotant devant le match, dévorant un petit déjeuner pantagruélique le lendemain et oubliant presque le soir qu'il fallait s'alimenter. Et ce matin, je me suis trouvée délestée de près de deux kilos, pris la semaine dernière alors que je surveillais scrupuleusement mon alimentation, tout en "y pensant" constamment.

Bref, lorsqu'on lache du lest, lorsqu'on autorise son conscient et son inconscient à vaquer à tout autre chose que ce à quoi on le contraint d'ordinaire, certaines choses se débloquent et s'en vont. Et d'autres arrivent.