Hier, rendez-vous chez ma gynéco. Avez vous remarqué que l'on dit toujours "ma" gynéco ? On va chez le coiffeur, chez le médecin, chez l'esthéticienne. Mais on a rendez-vous avec "sa" gynéco...

Bref, ces rendez-vous annuels sont toujours l'occasion de faire le point, me disais-je. Le point sur les règles déjà. Avec cette inévitable question qui me laisse toujours sans voix: "A quand remontent vos dernières règles ?". Là, je me retrouve immanquablement comme une adolescente à peine pubère à chercher dans ma mémoire défaillante. Je n'ai aucune excuse, réglée comme une horloge je devrais connaître sur le bout des doigts la date. Et bien non. Impossible de donner un jour précis. Il y a deux sortes de femmes, je crois. Celles qui consciencieusement cochent chaque mois dans leur agenda le jour fatidique, histoire de ne pas se laisser surprendre le mois prochain, et les autres, qui jusqu'à la ménopause se retrouvent systématiquement en galère, si possible habillée ce jour là d'un pantalon blanc ou étrennant de nouveaux dessous qui ne passent pas en machine. Je vous laisse deviner à quelle catégorie j'appartiens...

Donc, mise au point sur les règles, mais aussi sur les petites douleurs, pendant les "rapports", "quelle fréquence les rapports?", heu, oui, c'est vrai ça, quelle fréquence ? Sur les cycles, les migraines pré-menstruelles. Vient ensuite la contraception, cette pilule vous convient-elle, les préservatifs, vous y pensez ? "Non, en ce moment, pas de rapports", et le test HIV, à quand remonte le dernier, et ce bébé, alors, vous hésitez toujours ? Et un petit troisième, non ? etc, etc...

Quelle que soit votre situation, ce jour là se posent les vraies questions, celles qu'on repousse au lendemain, celles qui nous empoisonnent, celles qu'on n'osait se poser seule. Celles qu'on abordera peut-être le soir même avec l'homme, celles qui font peur parce qu'au fond de soi on connait la réponse.

Normal, finalement, qu'on dise "ma" gynéco, comme on dit aussi "mon" psy...

Les femmes le savent. D'ailleurs, en général, après ce rendez-vous, il n'est pas rare qu'on glisse à sa meilleure amie: "la semaine dernière, j'étais chez ma gynéco". Point besoin d'en dire plus. Les regards entendus se croisent. Elle sait. Elle sait la nudité embarrassante, les pieds dans les étriers glacés. Elle sait "les fesses bien bas mademoiselle", elle sait la morsure du spéculum. Elle sait les doigts gantés qui s'immiscent. Elle sait surtout ce temps suspendu, pendant lequel les mains palpent silencieusement les seins. Elle sait la respiration retenue, cette sourde angoisse que le geste se fasse subitement plus insistant, que les mains reviennent au même endroit, que les sourcils se froncent. Elle sait ce poids qui soudain s'envole et libère le ventre noué quand la gynéco s'arrête et murmure un "tout va bien, vos seins sont parfaits".