P1000384 Il y avait du vent ce jour là. Tellement de vent que la méditerranée avait l'air de se prendre pour l'atlantique. Des vagues à première vue inoffensives se cassaient tout près du bord avec une violence inattendue.

La baignade devenant dangereuse, on est remontés dans notre appartement "vue sur mer" à flanc de rocher. Après le déjeuner, les enfants ont gentiment été invités à jouer dans leur chambre, pendant que nous prenions le café.

Un peu lasse et sonnée par ce mistral fou, je me suis allongée sur le canapé du balcon. A travers la rambarde et les pins parasols affolés, je voyais les petites barques amarrées disparaitre régulièrement dans le creux des vagues. Au dessus de moi, le ciel restait d'un bleu insolent, semblant ignorer les rafales.

P1000377L'homme s'est assis à mes côtés avec son journal. J'ai posé une jambe sur ses genoux et je me suis assoupie. Plongée dans un exquis demi-sommeil, j'imaginais les frolements de sa main sur ma cuisse. Etaient-ce les effleurements du vent, les effluves de pins mêlés à son eau de toilette ou la sensation d'interdit renforcée par les éclats de voix enfantines qui parfois parvenaient jusqu'à moi, je ne sais pas. Mais l'envie s'est faite plus pressante. Pourtant, je ne bougeais pas d'un milimètre. Parce qu'à cet instant précis, si des mots étaient prononcés, la chaleur qui commençait à m'embraser s'évanouirait, j'en étais sûre.

Alors je me suis tue, jouant mon éventuel plaisir à pile ou face. Je l'ai regardé lire, paupières mi-closes derrière mes vers fumés et de le savoir à la fois si accessible et si ignorant de ma secrète excitation n'a fait que l'exacerber.

Et puis soudain, comme dans un songe, j'ai senti sa main me frôler et se frayer un chemin. J'ai lu l'amusement puis le trouble sur son visage au fur et à mesure de sa progression. Sa caresse s'est alors faite plus fébrile et sa respiration s'est accélérée. Au cours de ces minutes suspendues, nous nous sommes à peine regardés, faisant mine, lui de terminer son article et moi d'observer les bateaux à bascule.

Pas un mot, pas un murmure. Mes soupirs se sont mêlés au bruissement des pins.

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Après, je ne sais plus, tout s'est accéléré, tout s'est enchevêtré, les rires étouffés des enfants jouant dans leur chambre, les hurlements des goêlants et l'explosion des vagues. Il n'y avait plus que sa main, plus que cette chaleur. Plus que les bourrasques, plus que les crêtes mousseuses de la houle.

Il y avait du vent cet après-midi là. Quelques heures plus tôt, un homme s'était noyé.

Se souvenir, toujours, que le fil est fragile.