noisetierDans ma rue, il y a des noisetiers. Ils bordent un square et depuis quelques jours, ils perdent leurs fruits qui s'accumulent sur le trottoir, sans que personne ne songe à les rammasser. Manger des noisettes à Paris, ça ne vient pas à l'idée des hommes et des femmes pressés qui le soir se hâtent de regagner leur maison, en regardant leurs pieds.

Et puis hier, alors que je rentrais tard, à la nuit tombée, il y avait sous les noisetiers une famille. Le père, la mère, et trois ou quatre enfants. Ils venaient d'Inde ou du Pakistan, la mère aux cheveux longs était en sari. Le père avait le plus petit de ses fils sur ses épaules. Celui-ci, hilare, secouait les branches qu'il parvenait à saisir du bout des doigts. Les autres sautaient en criant de joie lorsqu'ils arrivaient à attraper quelques grappes.  La mère ramassait en souriant le butin. Lorsque je suis passée, l'un des gamins m'a tendu une noisette, comme ça, en m'assurant qu'elles étaient drôlement bonnes ces cacahuètes...

C'était un moment de joie. Je me suis dit que c'était un instant dont ces enfants se souviendraient plus tard. Un peu comme moi je me rappelle un cerisier dans lequel on grimpait l'été. Oui, c'est ça, je crois. Hier soir, j'ai traversé le souvenir à venir d'enfants venus de loin. J'ai traversé le bonheur des seules personnes du quartier qui aient pris le temps de lever la tête et d'admirer ces braves noisetiers qui d'année en année essaient d'attirer en vain l'attention des passants pressés.