blondeDepuis que je suis blonde, je me sens moins ronde. Il y a des jours où je m'épate moi même d'oser écrire de telles inepties. Je peux prendre le Elle de haut, après, je ne manque pas de culot.

N'empêche, n'empêche, n'empêche. C'est VRAI. Je m'explique. Pendant des années, j'ai eu les cheveux chatains fade. Mais fidèle à mon éducation judéo-chrétienne, j'aurais préféré mourir plutôt que de changer quelque chose à ce que la nature ou dieu - au choix - m'avait donné. Dire qu'aujourd'hui je me prostituerais pour une seringue de botox - nan mais rien que pour voir, c'est tout, pas pour TOUT changer, juste pour essayer, quoi - je me dis qu'avec le temps, tout fout le camp.

Bref, les coiffeurs avaient beau insister, m'assurer que j'avais "la base parfaite" pour un balayage, je refusais systématiquement leurs avances. Je leur expliquais très sérieusement qu'à part la mer et le soleil, personne ne changerait la couleur de ma chevelure chérie.

Et puis un jour, en voiture, on jouait à "je vois quelque chose... de marron avec un peu de blanc" et ma fille a hurlé: "les cheveux de maman !!!".

Le lendemain j'étais chez Dessange.

Là bas, j'ai rencontré David. Mon héros. L'homme qui m'a révélé à moi même et qui a su faire naître la vraie Caroline. La fille aux cheveux marrons et blancs est morte ce jour là. David, mon coloriste bodybuildé et archi-bronzé l'a enterrée au profit d'une vraie fausse blonde qui tue sa race. La première fois qu'il a peroxydé mes mèches, je l'avoue, j'ai tellement serré mes mains sur les accoudoirs de mon fauteuil que lorsque je me suis levée, il a fallu me les désaggriper doigt après doigt. Une fois les cheveux rincés, on m'a mise devant une glace et j'ai constaté avec horreur que mouillés mes cheveux avaient l'air d'être devenus gris. C'est à cet instant qu'est intervenu Christian.

Mon deuxième héros.

Christian a transformé mon carré marron et blanc en dégradé doré que même Jenifer Aniston se roulerait par terre pour avoir le même. Jen, au passage, laisse tomber. Dommage pour toi mais je ne suis pas sûre sûre que ta nature de cheveux te permettrait un résultat pareil. En tous cas c'est ce que Christian m'a dit. Je sais, c'est dûr, mais être Farah Fowssettes c'est pas donné à tout le monde.

N'allez pas croire que c'est malgré tout facile de se transformer en bombe blonde. Parce qu'il faut savoir que Christian a beau être un artiste, il est également psychopathe. Heureusement pour moi, l'objet de sa névrose est unique: Isabelle Adjani. Isabelle, je me dois d'ailleurs de te prévenir, tu cours peut-être un grand danger. Pour l'instant Christian se contente de collectionner dans une malle qu'il garde toujours près de lui tous les objets que tu as pu toucher ou créer. Mais que ce passera-t-il s'il décompense brutalement ? Quoi qu'il en soit, actuellement on recense dans le coffre de ce fan obsessionnel de nombreux programmes de théâtre signés de la main de la star, un mouchoir usagé qu'elle aurait soit disant égaré mais aussi toute la collection Verbaudet imaginée par Adjani l'année dernière: des chaussons pour bébés, un ours en peluche et un bavoir. Et quand Christian vous coupe les cheveux, vous êtes sommés de regarder ses trésors en vous exclamant devant tant de richesses.

Bref, pour obtenir mon dégradé que cette pauvre Jenifer n'aura jamais même pas en rêve rapport à sa mauvaise nature de cheveu, il faut tout de même endurer une heure d'ode à Isabelle. Non seulement il n'y a pas moyen d'y échapper mais surtout il faut éviter tout dérapage. Une fois j'ai cru malin d'oser une plaisanterie sur les pommettes un peu trop siliconnées de la dame. Je n'avais pas mesuré le risque encouru.

Il a fallu trois mois pour que la mèche malencontreusement coupée ce jour là retrouve la longueur de ses copines.

Malgré tout et même s'ils représentent une sérieuse hypothèque sur les études de mes enfants, Christian et David sont parvenus à me donner ce qu'aucun régime n'a jamais réussi à me procurer: un peu de confiance en moi.

Cela doit vous paraitre d'une superficialité consternante, mais je dois l'admettre. Etre blonde a eu pour effet magique de me faire [presque] oublier que j'étais ronde. Comme si mes bourrelets étaient masqués par le miel de mes cheveux. Depuis, je me tiens plus droite et je tords presque du cul dans la rue. Je mets même des robes, c'est dire.

Bien sûr c'est illusoire. Mais ce que j'essaie de vous dire, c'est que parfois, il suffit d'un petit pas grand chose pour s'aimer un peu plus. Des lèvres plus rouges, une coupe plus courte ou plus longue, des nouvelles lunettes ou de l'eye-liner, des sourcils effilés ou des oreilles percées.

Parfois la féminité se cache dans des recoins secrets, que seuls un David ou un Christian peuvent déceler...