b_artBon, je fais une troisième tentative. Même si à force j'ai peur d'avoir perdu en spontanéité...

Qu'à cela ne tienne, je prends le risque, parce que tout de même, le sujet me turlupine depuis quelques jours. Et en ce lundi - pourri, donc, mais ça vous l'aurez compris - je voulais pousser mon grand cri.

Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

L'objet de mon énervement ? Les milliers d'affiches qui fleurissent un peu partout sur les murs de Paris et des couloirs de métro avec en vedette ma copine Manu. Oui, Manu. Ben quoi, Manu Béart, enfin. Qui a donc... 22 ans. Et qui n'a jamais subi une seule intervention chirurgicale.

Et mon cul sur la commode.

Bon, j'en entends certains qui se disent, à raison, qu'après tout j'ai qu'à tourner la tête si elle ne me revient pas. Sauf que si je tourne la tête je la vois encore. Elle est partout je vous dis. Avec ses 22 ans. Voire 17. Attention, je n'ai rien contre les filles de 22 ans. Quoi que, mais c'est une autre histoire. En revanche, j'ai du mal avec les filles de 41 ans... qui ont 22 ans.

Pourquoi ? D'abord parce que j'ai 35 ans. Et que le lundi souvent j'en fais 40. Mais pas 40 limite 22, vous voyez ? Non, 40... 40. Avec les cernes, le teint gris et tout ce qui va avec. Et puis parce que pour une fois qu'une pub pour des dessous - moches, ces dessous, d'ailleurs, non ? - nous montre une femme de 41 ans, et bien j'aurais aimé qu'elle fasse VRAIMENT 41 ans. Sinon, tant quà faire, monsieur H et madame M, vous auriez dû prendre une vraie fille de 22 ans. Le calcul est vite fait tout de même. Entre le prix des opérations qu'elle n'a bien sûr jamais subi - mais on va tout de même les prendre en compte - et les heures passées à photoshoper les clichés d'origine, je ne vous dis pas les économies qu'aurait représenté une véritable poupée de 22 ans.

Non, plus sérieusement, je ne sais pas vous mais personnellement, bien que la miss Béart ait une légère tendance à m'exaspérer dès qu'elle prend son air inspiré pour raconter des inepties faussement philosophiques, j'avais malgré tout flashé sur la une du fameux Elle de l'été 2005. Ou 2004, peu importe. Et ce que j'avais aimé, c'était son cul. Qui la faisait ressembler à un violoncelle. Et aussi ses hanches rondes. Et puis bien sûr, ce sein plein et ferme mais qu'on devinait pourtant un peu lourd. Un sein qui avait vécu. Un sein de femme vivante.

Jamais je crois les kiosques n'avaient à ce point été dévalisés. Et jamais les hommes ne l'avaient tant piqué à leurs femmes.

Alors Emmanuelle, pourquoi ? Pourquoi accepter cette mascarade ? Quelque chose me dit que ça n'est même pas que pour l'argent même si forcément ça joue. Quelque chose me dit que tu y crois, à cette image tronquée, à ce reflet qui n'est pas le tien.

Mais après tout, pourquoi s'étonner ? Pourquoi s'indigner alors que nous vivons dans un monde où l'on engraisse tous les trois ans une américaine famélique pour lui faire jouer le rôle d'une anglaise rondouillarde ? Pourquoi être surpris alors qu'Angelina Jolie actuellement en tournage entre deux adoptions - j'y reviendrai, ça aussi ça me donne envie de pousser des cris - se tartine de fond de teint tous les jours pour incarner une métisse ?

Monde de dupe, monde de menteurs, où on n'a pas le droit d'être VRAIMENT gros, VRAIMENT noir, ou VRAIMENT vieux.

Vous savez quoi ? Quand je la regarde, cette pauvre vieille de 22 ans, exhibée et jetée en pature dans les couloirs de métro sordides, et bien je me surprends à aimer mes bourrelets, mes seins trop lourds et mes rides naissantes.

Parce qu'ils sont à moi. Et qu'ils me font, moi. Dans cet océan de fausses apparences, ce n'est déjà pas si mal, non ?