14 décembre 2006
Y croire une dernière fois
Je sais qu'ils n'y croient plus. Enfin, je crois savoir qu'ils savent. J'en suis même sûre en fait. Ils ont annoncé il y a deux jours à leur baby-sitter, la fée Babou, qu'une méchante fille leur avait dit qu'IL n'existait pas, que les cadeaux au pied du sapin, c'étaient les parents qui les planquaient.
La fée Babou, que je soupçonne de croire encore un peu au père Noël - en même temps c'est normal quand on est une fée - leur a expliqué que c'était n'importe quoi et que cette fille était très très très méchante. Mais je connais mes loulous. Et le fait est qu'ils savent, maintenant. De toutes façons, ils étaient mûrs. Il ne manquait plus que quelqu'un de mal intentionné lache le morceau.
Déjà, il y a quelques jours, ma fille m'avait lancé: "Tu sais, j'ai bien réfléchi. Je pense que le Père Noël existe, mais par contre, les rennes qui volent, j'y crois pas". Son frère avait renchéri: "Oui, en fait, tu vois, le Père Noël, il existe, mais il est pas magique. Il est comme nous, quoi. Sauf que son métier, c'est Père Noël".
J'avais aquiescé, trouvant qu'après tout cet atterrissage en douceur sur la planète des grands leur épargnait le grand choc que peut provoquer la découverte violente de la réalité. Surtout qu'à l'origine du gros mensonge, il y a moi, leur maman, censée dire toujours la vérité...
Mais là, je sais qu'ils savent. Et pourtant, ils ne me disent rien. Comme si finalement ils avaient décidé implicitement qu'on allait tous encore y croire une dernière fois. Et moi, je laisse le secret éventé en suspens, parce que je sais que dans quelques mois, de toutes façons, ils auront l'âge de raison. Alors je me dis qu'on a bien le droit à ces quelques jours de rab, non ?
06 décembre 2006
Je t'aime mais c'est un secret...
Hier...
- Maman, maman, maman !
- Oui mon chéri ?
- Samedi prochain il y a le goûter de Noël à l'école.
- C'est super ça !
- Oui, et la surprise que je suis en train de te préparer depuis super longtemps, tu la verras à ce moment là.
- Ah, j'ai hâte !
- Mais faut rien dire, parce que c'est un secret, hein ?
- Ouh là, bien sûr, je ne sais rien, je n'entends rien. N'en parlons plus.
- Ben oui ce n'est pas drôle sinon. N'empêche que ce collier tu vas l'adorer.
- Eh mais attention, ne me dis rien, hein, je ne veux pas savoir moi.
- Ben non, je ne suis pas bête, je vais pas te le dire ce que c'est ton cadeau, puisque c'est une surprise.
- Ouf, j'ai eu peur que tu me le dise quand même.
Je sens que nous vivons le temps des derniers secrets jalousement gardés et pourtant éventés. Les dernières maladresses, les dernières bourdes enfantines. J'ai eu peur qu'il ne réalise sa gaffe, peur qu'il en soit triste. Et puis non, le collier s'en est allé dans un souffle, je n'ai pas entendu, d'ailleurs il n'a jamais rien dit...
16 novembre 2006
"Quand tu seras morte"...
Hier c'était mercredi. Et mercredi c'est mon jour de 4/5ème. J'en profite pour remercier monsieur temps partiel qui me permet, toutes les semaines, de profiter de mes deux trésors. Bon, ok, une semaine sur deux j'ai des pensées inavouables, genre que si j'étais à plein temps je gagnerais pas mal d'argent en plus et que je n'aurais pas à supporter mes enfants que pourtant bien sûr j'aime plus que tout au monde.
Mais hier, c'était une journée "mère parfaite". Ben si, quoi ça arrive aussi tout de même. Et donc en mère parfaite j'ai traversé Paris pour faire contrôler les petits yeux de la chair de ma chair. Nous avons descendu la rue de Bagnolet dans cette lueur si particulière d'un jour ensoleillé de novembre. Tout à coup, alors que nous passions devant une église, nous nous sommes retrouvés au beau milieu d'un enterrement.
"Oh, j'aimerais tant voir la personne qu'est morte", m'a alors supplié - à haute, très haute voix - mon adorable sauveteur d'ours en peluche, révélant soudainement sa part d'ombre. Sa soeur, n'étant pas en reste, s'est pour sa part exclamée de sa voix si caractéristiquement aigue:
- "Ohhhhh, regaaaaaarde maman, la dame on dirait qu'elle va pleurer".
- "Oui ma chérie, elle est triste. C'est peut-être sa mamie qui est morte, tu comprends. Tu sais, peut-être que toi aussi un jour, ta mamie mourra".
- "Je sais maman. Et ce jour là j'espère qu'on aura le droit de voir"
Un grand moment de solitude maternelle comme on en subit dès que son rejeton chéri maitrise les bases du langage - quand je dis les bases c'est vraiment les bases parce que "maman, bah monsieur pue" ça ne mobilise que trois mots de vocabulaire...
Après avoir réussi à extirper mes apprentis voyeurs de ce triste rassemblement, nous avons poursuivi notre chemin...
Quand j'ai entendu la petite voix de mon fils:
- "Maman, quand tu seras morte...".
- "Oui, mon amour, je sais, tu seras très triste, mais ce n'est pas pour tout de s..."
- "Non, maman, c'est pas ça que je veux dire. Quand tu seras morte, je mettrai tes fleurs préférées sur ton cercueil".
- "Ah, oui, oh, merci, mon amour..."
- "Mais au fait, c'est bien des tulipes tes fleurs préférées, hein ?"
- "Oui oui..."
- "Blanches les tulipes, hein maman, blanches ?", a cru bon de préciser ma fille
- "Tu sais quoi maman ? Si jamais c'est la saison des tournesols quand tu seras morte, et bien je t'achèterai aussi des tournesols" a rajouté son frère.
Merci monsieur 4/5ème, merci...
14 novembre 2006
Martin sauvé des eaux
Il s'appelle Martin. Il a fait son entrée dans ma vie le jour de la naissance de ma petite soeur. J'avais trois ans. Je me souviens de cette drôle de petite chose hurlante qu'on m'a présentée ce jour là dans une maternité qui sentait l'hopital. Je me souviens que j'ai ressenti violemment qu'il allait falloir partager ma maman désormais.
Sur la route du retour à la maison, mon papa m'a alors donné Martin. Ours en peluche de son état. Un vrai ours, avec des bras et des jambes - oui, absolument, les ours ont des bras et des jambes - articulés. Et des gros yeux chocolat, en verre, tout lisses. Son pelage était doux, surtout sur le ventre.
Très vite Martin a épongé mes larmes, écouté mes histoires, assisté à mes révisions. Il était là toutes les nuits, à veiller sur moi avec ses yeux chocolat. Quand je suis partie du nid familial, vers 19 ans, Martin m'a accompagnée.
Je pensais qu'il ne serait rien d'autre alors qu'un vestige de mon enfance, un trophée, un fétiche. Mais c'est peut-être à ce moment là qu'il a été le plus fort. Et pendant ces années d'apprentissage dans des chambres de bonne minuscules, il a été inondé plusieurs fois de mes chagrins. Son ventre était toujours doux. A chacune de mes victoires il était là aussi.
Et puis j'ai grandi, vraiment. L'homme a investi les lieux et a très ostensiblement éclipsé Martin, le reléguant dans des placards toujours plus inaccessibles. En même temps, je le comprenais, je n'aurais pas supporté l'homologue féminine de Martin s'il y en avait eu une.
Quand les enfants sont nés, j'ai discrètement posé Martin au milieu des girafes, singes, éléphants et autres animaux en peluche qui peuplaient leur chambre, espérant secrètement que l'un de mes deux bouchons l'adopterait. Mais bien sûr, leur choix s'est porté sur d'autres, et c'était tant mieux. Après tout, Martin n'était l'ours que d'une seule femme. Malgré tout, c'était le nounours de maman, alors respect.
Mais, devez-vous vous interroger, pourquoi, au fait, nous parle-t-elle de Martin ?
Pourquoi ? Parce qu'hier matin, l'homme, qui est le seul être dans cette maison à se préoccuper de ranger le capharnaüm savamment entretenu par les autres habitants des lieux, s'est piqué d'emmener à la cave tous les jouets de bébés aujourd'hui délaissés. Du grand sac poubelle rempli de tout un tas d'objets non identifiés, émergeait Martin. J'ai protesté, estimant qu'il avait encore sa place chez nous, qu'on ne pouvait pas lui faire ça. L'homme a soupiré, et répondu qu'on en parlerait le soir. Mon fils lui a lancé un regard lourd de reproches et n'a rien dit.
Mais hier vers 19 heures, quand je suis rentrée, mon petit bonhomme s'est précipité vers moi et m'a entrainée dans sa chambre. Dans une ambiance de conspiration enfantine, il m'a emmenée vers son lit et soulevé sa couette. Il y avait là, planqué, Martin et ses yeux chocolat, sauvé de la cave in extremis.
"Je l'ai caché quand Papa était en train de faire pipi maman. On peut pas lui faire ça. T'inquiète pas, je m'en occupe", m'a déclaré, solennel, mon petit homme. Alors j'ai pris Martin et son sauveur et je les ai serré fort. Et je me suis sentie toute petite devant tant d'héroisme.
04 novembre 2006
Des baisers...
Je m'en vais retrouver mes deux choux, en vacances depuis une semaine. Finies les soirées de liberté, mais terminé aussi le manque de baisers...
Bon week-end à vous tous...
Bon, ils ne sont pas en vacances au bord de la mer, mais je trouve toujours réconfortant de revoir des photos de plage alors même que l'heure d'hiver vient de nous plomber le moral pour les six mois à venir. Alors voilà, c'est pour vous, une petite atmosphère estivale, en noir et blance cependant parce qu'il ne faut pas exagérer...
26 octobre 2006
La meilleure mangue du monde
Elle était parfaite. La couleur d'abord. D'un orange doré inimitable. Et puis l'apparence, lisse, juteuse sans être spongieuse. La présentation était soignée, chaque moitié était précoupée, quadrillée comme un damier. C'était une mangue parfaite. A la fois douce et adiculée en bouche, fondante sans qu'aucun filament ne vienne se coincer dans nos dents. Oui, ce mercredi là, ma fille, mon fils et moi, nous avons mangé la mangue idéale. "La meilleure du monde", comme l'ont immédiatement baptisée les enfants.
C'était il y a longtemps, peut-être un an. Depuis, tous les mercredis, on tente de la retrouver. On part à la chasse aux mangues parfaites. Le rituel est toujours le même. Vers 12h30, on se rend, munis de crayons et de feuilles de papier, dans notre petit restaurant vietnamien préféré, juste à coté. On commande toujours la même chose, des nems pour mon fils, du riz cantonnais pour ma fille et un bo-bun pour moi. En attendant les plats, les enfants dessinent des princesses et des spiderman. Moi je fais des "ah" et des "oh" tellement c'est beau, et puis je rêvasse. Parfois aussi on parle, des copains, de Jean-Thomas le mytho qui cette semaine est un espion, d'Aïcha qui est devenue gentille, de Jade qui est trop forte à la corde à sauter ou de Théophile qui s'est fait baisser le pantalon à la récré, la honte.
On mange assez vite nos plats, qui ont le grand mérite d'avoir toujours le même goût. Ensuite, je pose toujours la même question, comme si le doute était possible: "On prendrait pas une mangue ?". Et immanquablement bien sûr, on commande le fruit chéri, avec trois cuillères s'il vous plait.
Quand elle arrive, on la jauge, chacun y va de son commentaire. Trop jaune, trop blanche, elle n'a pas l'air mure, elle est à point on dirait... Puis on attrape le premier morceau. Dès la première bouchée, le verdict tombe. Bonne mais pas assez sucrée, un peu fadasse, trop filandreuse, pas assez de jus, presque parfaite. Quelques fois, on se rapproche de notre idéal, de notre référence ultime, la mangue étalon, la meilleure du monde. La dernière fois, on était à deux doigts de décréter qu'on y était, mais finalement non, un poil trop acide.
Je crois qu'on sait, eux et moi, au fond de nous, qu'on ne la retrouvera jamais. Je crois même qu'on sait que certaines des dizaines de mangues goûtées depuis étaient peut-être aussi bonnes voire meilleures. Mais voilà, elles n'y peuvent rien, la fameuse, la meilleure mangue du monde, est devenue un souvenir d'enfance.
Et qui peut rivaliser avec un souvenir d'enfance ?
04 septembre 2006
Pas l'écoooooooole....
Aujourd'hui, c'est la rentrée. Mes bébés - de six ans, d'accord, mais je vous assure que dans le creux de leur cou ça sent ENCORE le bébé - entrent au CP. J'en suis toute retournée et tout à l'heure, au moment de les laisser devant l'école il va falloir que je me comporte en adulte. Cette année, promis, je ne vais pas pleurer. Je le sens bien. Déjà, l'année dernière, pour la grande section, ça s'est plutôt bien passé, j'ai réussi à me contrôler et à ne m'effondrer qu'à la sortie de l'école. L'année d'avant, c'était un peu plus compliqué, mais j'avais des circonstances atténuantes, on rentrait dans une nouvelle école. On avait plus de copains et on ne connaissait pas la maitresse.
Quand à la première rentrée... C'était il y a trois ans et je commence tout juste à pouvoir en parler. Avant, c'était encore trop frais. Pour vous, aujourd'hui, je veux bien essayer.
On est donc en 2003. A eux deux mes bébés - alors là, à trois ans, je n'en démords pas, ce sont presque des NOUVEAUX-NES - doivent mesurer un mètre et encore. Depuis une semaine j'ai une boule là, au fond du ventre. Ce n'est pas tant l'idée de la séparation, on a déjà franchi avec succès l'épreuve de la crèche. Non, c'est juste que l'école, moi, petite, je n'aimais pas vraiment ça. Et que quelque part, il me semble que ma première année de maternelle, c'était hier. Bon, d'accord, avant-hier.
Le jour J, on entre dans l'enceinte de l'école. La première personne à nous saluer, c'est Nicole, la gardienne. 130 cm de tour de poitrine, bonnet F. Au moins. Je sens que Nicole et moi, on va vivre une grande histoire. Elle regarde mes enfants et c'est une évidence, elle les aime déjà plus que les autres. Elle n'en dira rien, bien sûr, ce ne serait pas sympa pour les autres mamans. Mais bon, on voit bien qu'elle a craqué. Comment lui en vouloir...
Après avoir salué notre chère Nicole, on monte les escaliers. Mes petits serrent très très fort mes mains, à moins que ce ne soit moi qui leur broie les doigts.
Après m'avoir fait jurer de ne pas pleurer et de ne pas m'éterniser dans les lieux, l'homme décide UNILATERALEMENT que c'est lui qui emmènera ma fille dans sa classe. A cause de notre relation soit disant fusionnelle. Quand ils s'éloignent tous les deux, de la voir si minuscule partir vers l'inconnu, c'est simple, c'est comme si on m'arrachait le coeur à mains nues. Un sanglot incontrôlable s'échappe de ma poitrine. Cinq minutes après l'homme ressort, fier comme un pou, la miss n'a pas versé une larme. Je le calme tout de suite en lui rappelant qu'une enfant qui n'extériorise pas sa peine est une enfant qui souffre encore plus.
C'est maintenant à moi de m'acquitter de ma mission, laisser mon fils. La maitresse a l'air gentille. Elle nous fait visiter la classe et nous explique que maintenant, il faut que "la maman parte travailler". Je la regarde d'un air probablement très niais sans comprendre tout de suite que "la maman" c'est moi. Je suis tentée de la soudoyer pour rester la matinée. Je sors un gros billet de ma poche, l'air de rien. Si je sens qu'elle est réceptive, je tente le coup.
Elle n'est pas réceptive.
J'embrasse alors 67 fois les joues de mon bonhomme et je lui annonce qu'il est temps de nous séparer. Mon chérubin ne l'entend pas de cette oreille. Sa lèvre inférieure se met à trembler dangereusement.
Je suis en train d'abandonner mon nourrisson.
Je commence à pleurer.
Rien ne prouve qu'il y ait un lien de cause à effet - et quoi qu'en dise encore aujourd'hui l'homme ON NE LE SAURA JAMAIS - mais à ce moment là mon fils se met à hurler à la mort. "Pas l'école, pas l'école, pas l'écoooooooole". Il s'accroche à moi comme un noyé à une planche de bois. La maitresse et moi ne sommes pas de trop pour détacher un à un ses petits doigts de mes mains. L'homme m'entraîne dans le couloir. Là je crois que je crie aussi "pas l'écooooooooooooole". Mais je n'en suis pas sûre.
Finalement, sans que je comprenne comment, je me retrouve derrière une porte fermée pas assez épaisse pour atténuer les hurlements de la chair de ma chair. "Dans cinq minutes il s'amusera comme un fou, là il sent que tu es juste à côté, tu ne l'aides pas", tente l'homme. "Mais encore heureux qu'il le sent que je suis à côté", parviens-je à articuler. "Et j'espère que la maitresse elle le sent aussi. Parce que moi, pour le coup, je la sens pas, figures toi". L'homme me lance son regard n°12, celui qui veut dire: "là je laisse tomber, ça n'est plus de mon ressort". Et il s'en va.
Pas moi.
Finalement, après de longues minutes rythmées par les pleurs incessants de mon chérubin, je finis par descendre les escaliers. Je sais, les apparences jouent contre moi, mais je suis malgré tout une adulte et une mère responsable.
Bon, d'accord, en fait j'ai peur de la directrice.
Au moment de passer le porche de l'école, Nicole, la gardienne au tour de poitrine le plus grand de la capitale, me prend en pitié. "Ne vous inquiétez pas ma petite. Tous les enfants pleurent le premier jour. Ensuite, ils ne veulent qu'une chose, y retourner. C'est votre première rentrée ?".
La pauvre Nicole ignore qu'elle vient de faire une grosse boulette. Elle a été gentille. Avec une mère en détresse qui tente de réprimer un gros chagrin. Je tombe dans ses bras en sanglotant, articulant à grand peine entre deux reniflements morveux que oui, c'est ma première rentrée, qu'en plus je laisse DEUX enfants, PREMATURES qui plus est. "Allez, allez, ma petite...", me berce Nicole. Là c'est mort, je me lache complètement. Je pleure comme je n'ai pas pleuré depuis des siècles. Et plus je pleure, plus je pense à des choses horribles qui font redoubler mes sanglots. Je dois l'avouer, c'est bon. Les autres mères qui sortent elles aussi avec les yeux rouges me regardent avec envie. Elles voudraient bien un gros calin elles aussi.
Elles peuvent toujours courir. C'est MA Nicole.
xxxxxxx
Voilà, j'ai finalement passé la matinée dans la loge de la gardienne - qui s'appelait vraiment Nicole comme l'esthéticienne du Meurice et comme ma mère, si si... - à me faire consoler, la tête posée sur ses seins gigantesques. Bien sûr, quand vers 11h30 la cloche a sonné, mes deux lutins sont descendus hilares, l'air de rien, comme s'ils avaient fait ça toute leur vie, d'aller à l'école.
Aujourd'hui, donc, on remet ça. Le problème, c'est que là, c'est le CP. Et qu'à la grande école, il n'y a pas Nicole.
21 juillet 2006
Mère en manque
Depuis quelques jours, mes petits ont pris leurs quartiers d'été. Ne pas dire la sensation de liberté qui en découle serait un mensonge éhonté. Ne plus se sentir pressé le soir de rentrer. Décaler l'heure de réveil d'une heure au moins. N'avoir que soi à habiller, laver, coiffer. Même, oui, même, n'avoir que soi ou l'homme à écouter... Parce que deux enfants de six ans, ça parle. Tout le temps. Leur gémellité n'y est pas pour rien, il faut trouver sa place - toujours cette question de place -, pousser l'autre pour s'y mettre, raconter en premier, mieux, plus, plus fort, plus vite. Alors oui, au risque de passer pour une mère indigne, je l'avoue, je me repose. Je goûte ce silence. Je n'en reviens pas de pouvoir sur un coup de tête filer au cinéma, prendre un verre en terrasse ou manger trois bricoles sur un coin de table en regardant la télé.
Mais parfois, je sens au creux de mon ventre, le manque. Violent, imprévu, il arrive sans sommation. C'est un mélange de panique irraisonnée qu'il leur soit arrivé malheur et de besoin charnel de plonger mon visage dans leur cou pour respirer les effluves délicieux de leur cuir chevelu mouillé de sueur.
Un manque animal, tactile et charnel. Qui passe. Mais me rappelle à la réalité: ils sont sortis de moi il y a six ans. Ils sont sortis pour toujours, m'échapperont, s'envoleront. Mais personne ne pourra effacer de ma mémoire la douceur de leur peau d'enfant et l'odeur de leurs cheveux.
04 juillet 2006
"Sous le Pont Mirabeau..."
Hier, ma cocotte est allée sur les bateaux mouches avec sa classe. Mon fils, lui, est resté à l'école, dégouté. Le soir, ma fille, surexcitée, m'a assaillie d'un flot de paroles dès mon arrivée:
- (voix hyper aigüe) Maman, maman, tu sais quoi ? Sur le bateau mouche j'ai vu la tour eiffel en entier. Et puis aussi tous les bâtiments de Paris. Et le musée d'Orsay, et et et...
Plus la tête de son frère s'allongeait, plus la punaise en rajoutait.
- J'ai aussi vu le plus vieux pont de Paris. Et aussi, le Pont Neuf. Qu'est pas neuf du tout d'ailleurs. Et encore des ponts, des ponts, des ponts...
Là, abattu, son frère l'interrompt et avec une pointe d'angoisse dans la voix, lui demande dans un soupir:
-T'as même vu le pont d'Avignon ?
14 juin 2006
Foot et femmes
Hier, je regardais le match avec cocotte, fiston et baby-sitter, restée pour ne pas en perdre une miette. Oui, j'avoue, moi la ronde allergique au sport, j'aime - en vrai j'adore - regarder l'équipe de France. Je me permets même, moi qui n'ai pas piqué un sprint depuis des lustres et qui dépasse de quelques années la moyenne d'âge de cette équipe, de critiquer leur manque de jambes ou de moquer leur grand âge.
Enfin bref, on regardait, au départ enthousiastes, puis petit à petit complètement désabusés par la médiocrité du jeu, quand mon fils, chair de ma chair, nous interpella avec le plus grand sérieux:
"Je veux pas dire, mais quand même, je trouve qu'il n'y a pas beaucoup de filles, dans cette équipe..."
Le plus beau, c'est qu'il semblait évident pour lui qu'un lien de cause à effet existait entre ce constat et la nullité du résultat.
Peut-être n'ai-je pas tout raté ?



